Eménée pau nûton.
Chacun sait qu’on peut toujours faire appel aux lutins pour terminer un travail qu’on ne parvient à mener à terme.
Le soir, on peut déposer une pile de linge devant l’entrée de leur repaire et le lendemain matin, il sera entièrement repassé. C’est certain !
Il en va de même pour les bas à repriser, pour la lessive, etc…De nombreux témoignages vont dans ce sens.
Pourtant à Ellezelles, le nûton (lutin) a mauvaise réputation.
Ascoutèz cheulchîle. ( Ecoutez ceci).
Pendant la guerre 14-18, on manquait d’huile et les gens allaient ramasser les faînes sous les grands foyaux (hêtre). A notre petite bande, on allait à la « faînée » dans le bois Cholette à Ellezelles. Une personne d’âge, Lalie Capelle nous accompagnait. Cette année-là, les faînes étaient bien pleines et les petits sacs de toile rayée se remplissaient lentement malgré les mains alertes. Que c’eut ptit les fowènes (faînes) !
On s’amusait bien, on racontait des craques. Pour tromper la faim, on mangeait quelques faînes, mais cela irritait eul gozette (le gosier).
A cinq heures, on se rassemblait pour le retour. Et Lalie !
Pas de Lalie à trouver !
– Lalie, Lalie !
Ne sachant ce qui se passait, on prit la route du retour.
On alla aux nouvelles.
– Et Lalie n’eut ni co eurvenue ?
– Mon Djû, no mère eut perdue !
Tout le hameau était en émoi.
Ce n’est que vers 9h30 qu’elle est revenue. Un Renaisien l’a ramenée. Elle s’était perdue à cinq ou six km de là ! Elle ne se retrouvait plus ! Elle avait été emmenée par le nûton !
Un lutin l’avait entraînée au plus profond du bois. Elle a toujours prétendu :
– C’eut st’i nûton qui m’a éménè !
Vos vèyèz, mes ptits éfants qu’i faut bî fé attention quand on va dvé les baus !Source : Germaine Guilbert dite Bobonne Germaine.
Prochaine légende: La bête à sept têtes.
