Les granges du diable.
En faisant bien attention, vous remarquerez qu’il manque des tuiles à bien des granges de la Région des Collines.
Interrogez les paysans, ils vous diront dans leur langage savoureux :
– Vos povèz rmète des pannes (tuiles) tant qu’vos volèz, à chaque tempète, elles s’évoltent.
– Ah ! et pourquoi cela ?
– Eh bî, j’vas vos l’dère, mais tout bas, c’eut des granges dou diâle !!!
Dans le temps, les paysans étaient pauvres par ici et ils ne possédaient pas suffisamment d’argent pour construire une maison et forcément une grange.
Alors, on s’arrangeait.
Avez-vous déjà entendu parler de maisons construites en une nuit sur un lopin de terre d’un grand propriétaire foncier ?
J’ai recueilli plusieurs récits à ce sujet et on m’a montré de telles maisons.
En cachette, on préparait portes, fenêtres, poutres, branchages et argile pour le torchis, briques pour la cheminée…
Et un beau soir, on s’y mettait. Famille, amis et voisins donnaient un coup de main. Cela était mené rondement car pour le lever du soleil, si la fumée sortait de la cheminée, c’était gagné. On avait alors le droit de garder sa maison construite sur le terrain d’autrui !
C’était la coutume, coutume que l’on rencontre dans d’autres pays.
Pour les granges qui sont beaucoup plus grandes, on pouvait s’arranger autrement. Le pauvre paysan, acculé à une solution extrême, avait recours au malin à qui il vendait son âme. De son propre sang, il signait un pacte avec Satan ; en contrepartie, celui-ci s’engageait à construire la grange tant convoitée, en une seule nuit. Elle devait être terminée pour le premier chant du coq.
Le diable envoyait une légion de diablotins et la construction avançait rapidement. Le drôle se frottait les mains en signe de satisfaction, se voyant déjà propriétaire d’une âme supplémentaire !
Mais c’était compter sans la roublardise des paysannes qui voulaient sauver leur mari tout en possédant une belle grange !
C’était bien connu, les femmes sont plus malignes que les hommes et même plus malignes que le Malin !!!
On raconte que Fine Louis Witje, voyant la grange se terminer, alluma la lampe à pétrole, la plaça sous ses cottes, traversa la cour, pénétra dans le poulailler et posa la lanterne devant le coq. Le chef de la basse-cour se réveilla en sursaut et constatant qu’il avait oublié de saluer la levée du soleil, s’acquitta d’un sonore cocorico ! Entendant ce signal, les diablotins ne demandèrent pas leur reste et mirent les bouts à toute vitesse, allant rejoindre leur Maître. Il restait quelques tuiles à placer, ce que fit le paysan. Mais la nuit suivante, le diable vint les enlever et il en fut toujours ainsi.
Prochaine légende: Les sorcières savent se transformer en chat !
