Légendes du Pays des Collines : Padzeûr les haies èt les buissons !

Légendes du Pays des Collines

Padzeûr les haies èt les buissons !

Vo n’avèz ni co eul veunète ? (Vous n’avez pas encore la trouille ?)
Je peux encore vous raconter une histoire de sorcières ?
Oui ?

Firmin, un brave homme mais un peu curieux, soupçonnait sa voisine d’être une sorcière et il la surveillait pour savoir comment elle se rendait au sabbat !

Un samedi soir, il entendit des bruits bizarres. Il alla bien vite regarder par le trou de la serrure et il vit Sylvanie occupée à s’enduire les jambes d’une graisse toute noire qu’elle puisait dans un petit pot en grès. Puis elle enfourcha un ramon (balai) et elle s’approcha de la cheminée en criant :

Houp, houp, riki, rikète,
padzeûr les haies èt les bouchons
là dusque les autes sont
(…au-dessus des haies et des buissons, là où sont les autres.)

Et voilà que Sylvanie s’envola par la cheminée pour aller rejoindre ses consoeurs, au grand rassemblement du dernier samedi de juin !

Firmin en était tout rèyus’ (tout bouleversé), mais la curiosité l’emporta. Il voulait savoir ce qui se passait au sabbat. Il prit donc le pot de graisse et s’en retourna chez lui. Il retroussa son pantalon et son long caleçon et il s’enduisit les cuisses de cette fameuse graisse malodorante. On racontait que c’était de la graisse d’enfants que les sorcières faisaient fondre !

Il s’approcha de la cheminée, il faut dire aux lecteurs qu’à cette époque les cheminées étaient énormes, enfourcha son ramon et récita l’incantation :

Houp, houp, riki, rikète,
à travers les haies èt les bouchons
là dusque les autes sont.

Comme vous pouvez le constater, l’apprenti sorcier répéta mal la formule magique qui permet de voguer dans les airs. Au lieu de padzeûr les haies et les buissons, il dit à travers !

C’est tout en sang et en guenilles qu’il se retrouva au sabbat ! Le pauvre curieux avait traversé toutes les haies et les buissons du parcours !

Sylvanie, qui déjà dansait sur la butte, le reconnut. Intriguée, elle s’enquit de ce qu’il venait faire là. Elle le soigna en posant des feuilles de plantain sur ses blessures et ainsi, il put participer aux danses. Mais il dut, avant de quitter cette étrange assemblée, rendre hommage à Léonard, le grand bouc, en l’embrassant sur les parties honteuses de son corps ! Bèèk !!!

Il s’en souviendra de son équipée et ne se fera pas prier pour raconter ses mésaventures. Si vous aussi, vous voulez assister au sabbat, faites bien attention en prononçant la formule magique !

Source : Firmin Goudailler de l’Arbre Saint-Pierre à Ellezelles.
Jacques Vandewattyne, Collines mystérieuses.
Contes fantastiques de la Région des Collines,
Ed. Les Amis du Folklore Ellezelles, 1984

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