Le loup-garou rôde encore dans nos Collines !
Vous ne l’avez pas rencontré ?
Tous ceux qui allaient à la veillée, se méfiaient du loup-garou. Rares étaient ceux qui osaient revenir seuls le soir. On s’arrangeait pour rester en groupe.
Le loup-garou était terrible !
C’était un homme (on n’a jamais entendu parler d’une louve-garoue) recouvert d’une peau de loup et armé de griffes acérées.
Il attendait ses victimes, le soir, caché dans une haie. Il vous sautait dessus et en une prise « imparable », vous enfonçait ses griffes dans le cou. Il se faisait alors porter sur de longues distances. La victime sortait épuisée de l’aventure et ne se faisait pas prier pour la raconter ce qui ajoutait à la renommée du monstre.
A Ellezelles, on disait portèr eul long tchî, tchî signifiant ici chien et non… !
J’ai oublié de vous dire qu’une longue chaîne lui servait de ceinture et qu’il la laissait traîner sur le sol. Dans les ruelles pavées, cela produisait un vacarme impressionnant, lugubre.
Le loup-garou participait parfois à la veillée. Il s’installait alors au coin de l’âtre, exigeait les premières gaufres et avait droit à la première rasade de genièvre. Personne n’osait intervenir.
On raconte aussi et mon ami Roger Cantraine le signale dans son merveilleux livre « Récits d’écrineux » que le loup-garou se débarrassait volontiers de ses griffes et qu’il caressait voluptueusement les accortes paysannes, ce qui n’était pas pour déplaire à certaines d’entre elles !
Un jour, en élaguant des chokes (arbres têtards) le long du ruisseau du Tordoir, un paysan découvrit une peau de loup cachée dans un arbre creux. Il la jeta dans le feu de brindilles et quelle ne fut pas sa stupéfaction en voyant accourir son voisin Gaspar hurlant de douleur, se tordant comme s’il était rongé par les flammes. On ne put le maîtriser. Il se roulait dans l’herbe, criant, soufflant, suant, poussant des cris horribles. Terrifiant ! Lorsque la peau fut consumée, il se calma comme délivré d’une lourde menace.
Meunant, je sû scapè.
J’avoûs co deux ans à fére eul long tchî, mais c’eut fète !
(Maintenant, je suis tranquille.
J’avais encore deux ans à faire le loup-garou, mais c’est fini !)
Le pacte était rompu.
Il faut savoir que les loups-garous étaient obligés de rôder tous les soirs de pleine lune et cela pendant une période de sept années. Ils étaient membres d’une confrérie secrète dont on n’a jamais retrouvé les règles. Aucun loup-garou n’oserait divulguer de tels secrets.
On a bien essayé de contrer la bête.
Louis deul Rate en avait marre de porter eul long tchî. Il prenait ses précautions, il se roulait dans la boue quand il rentrait tardivement du combat de coqs !
On parle de téméraires qui basculèrent la bête dans la fosse à purin ou qui rentraient chez eux en tenant un couteau ouvert sur le dos !
A Flobecq, on savait que le loup-garou sévissait dans une ruelle reliant la rue de la Gare à la rue Delvigne. Un soir de pleine lune (évidemment), de solides gaillards armés de gourdins prirent position aux deux extrémités. La bête, se sentant découverte, bondit et franchit un mur de plus de deux mètres de haut ! Elle ou plutôt lui aurait pu s’inscrire aux jeux olympiques !
Il y a aussi les faux loups-garous qui se faisaient porter par leurs meilleurs copains tel ce Mond dou Clerc, le fameux farceur ellezellois, qui a défrayé toutes les chroniques et s’est fait porter par le Suisse ! Il n’y a qu’une façon de se débarrasser du garou et je vous mets au courant au cas où vous en rencontreriez un en retournant cette nuit. Lancez-lui un cordon ou un morceau de tissu, votre mouchoir par exemple. Il sera alors obligé de le défaire fil par fil et uniquement à l’aide de ses dent.
Merci pour le renseignement !
Il était une fois une brave dame qui remontait chez elle, le soir, par le chemin dou Blond (à la Bruyère, hameau d’Ellezelles). Un loup-garou se précipita sur elle au moment où elle passait à hauteur d’eul Féte Gabrîle. Elle eut la présence d’esprit de lui lancer le cordon de se scourcheu (tablier) et elle fut délivrée du monstre ! Arrivée chez elle, elle avala une bonne goutte de pékè pour se remettre de ses émotions èt ravour eus’ n-haléne. Un peu plus tard, on tocta (frappa) à la porte. C’était le fiancé de sa fille Germaine qui venait à scrîne (veillée). La brave femme lui offrit un verre de genièvre, mais horreur !
Que vit-elle ?
Des fils bleus entre les dents du jeune homme, des fils de son cordon !!!
C’était donc lui le loup-garou !
Se sentant découvert, il n’attendit pas son reste et il disparut dans la nuit…probablement à la recherche d’une autre victime.
Inutile de préciser que les fiançailles furent rompues.
Source : Marcel Jourquin dit Marcel Wèl’ du hameau Paradis à Wodecq.
Prochaine légende: Les granges du diable.
